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L'histoire du Reder Mor

Les origines

A Roscoff, comme sur une grande partie de la façade atlantique et le long des côtes de la Manche, on pratique la pêche à la palangre depuis la nuit des temps. Mais dans ce port du nord Finistère, celle-ci va prendre un tour particulier avec l’apparition du chemin de fer dans la région à la fin du 19ème siècle. En effet, avec un train quotidien vers Paris, c’est l’ouverture d’un nouveau marché pour le poisson qui abonde à certaines époques de l’année.....à condition de ne pas manquer l’heure du départ !

La première chose à faire était donc d’affûter les bateaux et de les couvrir de toile. C'est ce que firent les marins les plus entreprenants, parmi lesquels se détache la figure de Louis Guyader, dit petit Louis, patron des Reder Mor. C’est ainsi que naquit un type de voilier particulièrement achevé : Le Sloop à cul de poule de Roscoff.
 

 


Les conditions étaient très favorables à la mise au point d’un tel outil de travail, car Roscoff abritait en son sein depuis plus d’un siècle une famille de constructeurs talentueux , les Keranfors. Leur chantier construisait pour la pêche et le bornage aussi bien que pour la plaisance. Que les marins roscovites aient fini par se laisser tenter par l’adoption du cul de poule des yachts et de la quille profonde avec étambot incliné n’est pas pour étonner.

D’un seul coup, on améliorait le cap au près, ainsi que la vitesse en décuplant les qualités évolutives du voilier, ce qui de surcroît, allait permettre de relever plus facilement les cordes à la voile.

 

 

 

 


Jean Pauvy, ancien charpentier de Keranfors, installé au Clouet retiendra la leçon. C’est chez lui que Louis Guyader commandera ses trois bateaux qui porteront un même nom bientôt légendaire, Reder Mor (Coureur des Mers).

 

 

 

 

 

 


Il n’a que 21 ans quand il fait construire en 1897 un petit sloop de 8,54 tonneaux (immatriculé M 968) renommé pour sa marche. En conservant ce dernier, il fait mettre en chantier un sloop à cul de poule de 14,71 tonneaux en 1904. C’est le n° 1107 que l’on connaît sous le nom de petit Reder, pour le distinguer du grand Reder, 15,88 tonneaux immatriculé M 1226 qui fut lancé en 1907.

 

 

 

Caractéristiques du grand Reder Mor III

Le grand Reder est une coque à voûte, d’une longueur de 13m pour une largeur de 3,72m qui cale 2,3m. Si l’étrave verticale est puissante et élevée, l’arrière s’effile en une élégante voûte de yacht et chose surprenante pour un bateau de cette taille, la coque est creuse comme celle d’un simple canot. Seul l’avant et l’arrière sont pontés. Un lest de grosses pierre de la grèves assure sa stabilité. Son gréement, d'une grande simplicité, est celui d'un côtre : le mât est maintenu par un étai et deux pairs de haubans. Du portant, par brise, on grée des bastasques qui servent communément à la manutention des lourdes béquilles d'échouage.

La surface de voilure est impressionnante, puisqu'elle atteint 200 m2 au près, la grand voile s'arrogeant 100 m2 à elle seule. Un bout-dehors amovible de 8 mètres traverse le pavois et permet d'envoyer des focs sur rocambeau. Par beau temps, on hisse un flèche de 25 m2 dont le guindant est transfilé sur un espar d'une dizaine de mètres. Un balestron à l'extrémité de la bordure permet de gagner quelques laizes.
 

 


A peu de chose près, ces caractéristiques sont celles d'une demi-douzaine de cordiers roscovites, comme "La Pauline" de Pierre Jézéquel (M 1162), et "Poupoule (M 1186) de Charles Roignant, tous deux lancés en 1906. "La Jeanne d'Arc" (M 1326) d'Henri Coëff, ainsi que l''Ariel" (M 1717) des Le Mat furent construit plus tard, l'un en 1909, l'autre en 1913. Ils jaugent tous peu ou prou une quinzaine de tonneaux, et sont tous d'excellents marcheurs.

 

La pêche à la palangre

Les palangriers travaillent de préférence en mortes-eaux, quand le courant, plus faible, ne gêne pas le halage des lignes. La pêche a lieu de nuit à la belle saison, à quelques miles dans le nord de l'île de Batz (Drezenn), au large de Brignogan, ou dans les parages de l'Aber Wrac'h (lizen Ven et Canec Hir). Avant d'appareiller, on donne un coup de senne du gros canot qui sert d'annexe, afin de capturer les gros lançons qui serviront à boëtter plus de mille hameçons, repartis toutes les deux brasses. Généralement, chacun des cinq hommes apporte son panier de ligne qui constitue un jeu de 1000 mètres.
 

 


Mouillées au coucher du soleil, les cordes seront relevées à la voiles vers deux ou trois heures du matin. Le poisson pêché est de la raie, du turbot, du congre, espèces qui gagnent à ne pas être consommées trop tôt.

Au lever du jour, quand la dernière bouée est embarquée, on peut faire voile sur la terre. Lorsque le vent manque, on sort les "stylos", dénomination humoristique des grands avirons, et on souque, deux hommes de chaque bord, pour ne pas manquer le train de 14 heures 30 qui déversera la pêche dans la nuit aux halles de Paris.

 

Le Mythe

On peut être surpris qu'un simple bateau de pêche comme le Reder Mor III ait acquis une telle célébrité. Celle-ci s'explique avant tout par la personnalité de son patron Louis Guyader, qui a su créer une dynamique nouvelle dans le milieu de la pêche à Roscoff, en insufflant à de jeunes marins le goût de leur métier. Il est vrai que travailler à bord d'un des Reder était déjà gratifiant du seul point de vu financier, dans la mesure où ils sont les premiers à armer dans la saison, et surtout qu'ils font les meilleurs pêches.

Mais c'est surtout la passion du patron pour les régates qui va galvaniser les énergies en sortant les bateaux et les hommes de l'écume grise des jours de labeur. Volant de victoire en victoire, les jeunes marin vont prendre davantage conscience de leur valeur professionnelle, tout en découvrant le goût du jeu et du panache. Ce n'est pas rien dans une vie rude et teintée parfois de fatalisme.

Les trois Reder participent régulièrement aux régates locales, et sont aux premières places. Mais le coup d'éclat dont l'annonce fera l'effet d'une bombe, ce sera la victoire du grand Reder aux régates de Saint Malo le 27 août 1909, où les grandes bisquines doivent s'incliner devant le sloop roscovite.
 

 


En 1913, le 10 juillet, à l'occasion des régates internationales européenne, celui-ci gagne Le Havre avec la ferme intention d'en découdre avec les bateaux pilotes du lieu, beaucoup plus puissants.

Cette fois-ci, la coque est peinte en noir et arbore sur l'étrave l'ancre blanche du pilotage. Que ne ferait pas petit Louis pour obtenir le droit de courir ?

 

 

 

 


Alors même qu'il remontait un à un chaque concurrent, le bout-dehors se rompit, ce qui ne l'empêcha pas de terminer second derrière "La Liberté".L'année suivante, la guerre éclatait et Louis Guyader était mobilisé. Envoyé aux Dardanelles, il en reviendra malade et mourra à St Mandrier en 1915.Son grand Reder lui aussi aura une fin tragique. Moins de 10 ans plus tard, par une nuit d'octobre, un violent coup de suroît l'emportera avec une partie de la flottille roscovite sur les roches de Primel où il se perdra...

 

 

 

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